
Encore tout frétillant de ma sortie équipement plein gaz au Brizon de mercredi, j’ai le plein soutien et la confiance de ma chérie pour aller en amoureux découvrir les Ordons. Les concrétions promises font envie, et la difficulté modeste de l’équipement à prévoir rende ce petit projet accessible pour mon niveau de connaissance.

J’ai toutefois questionné mon formateur du mercredi, Alex Foulc, pour m’assurer que je ne surestimais pas mes compétences. Bien m’en a pris, car j’ai reçu encore de nombreux conseils super utiles pour l’équipement de l’entrée des Ordons, un peu particuliers si on veut éviter les frottements de corde sur les côtés de la roche du trou d’entrée. On décide de la jouer « super-propre », en tendant une corde entre les 2 arbres, qui jouera le rôle de support pour un skif noué au milieu de cette corde (nœud de fusion, histoire de pratiquer), à l’aplomb de l’entrée. Plus qu’à installer ma main courante en partant de l’arbre du bas, clipser dans le skif au-dessus de la cavité (Oui, j’ai zappé de faire un nœud dans un premier temps, dans le feu de l’excitation d’avoir tout le matos pour faire seul, et ai passé la corde glissante dans le skif !
Quelle idée ! Vite corrigée somme toute je remonte en opposition depuis le spit de dév, fait un rapide nœud de queue de vache en huit, et c’est parti.

Pose de spit, puis équipement de la main courante qui mène au P20. Mél emboite le pas sitôt les premières broches de la MC équipée. Les noms d’oiseau fusent, et je suis inquiet car ce n’est pas son genre. Je me doute que je n’ai pas dû faire comme on a l’habitude. En effet, j’ai sous-estimé la longueur de ganse entre le premier skif et le spit, ce qui a compliqué le passage lorsque Mél a suivi. Trotte alors dans un coin de ma tête la crainte de comment passer ce point lors de la remontée, mais après tout, on sera à 1m50 de la surface et en opposition on y arrivera, au pire.

Toujours soucieux de forcer le côté sécu et équipement propre, on équipe le P20 en double, ça fait des manip en plus pour pratiquer, et j’aime beaucoup. Ça permet aussi de transmettre à Mél de visu, car j’ai bien envie aussi qu’elle suive pour équiper aussi, l’émulation nous sera forcément profitable. P20 équipé, Mél décide de partir la première, tout est clean et la voici qui part progressivement entre les roches serrées, direction le noir de l’immense cavité située sous nos pieds. L’écho qui émane de la zone où se trouve Mel promet des volumes gigantesques ! Et ça ne loupe pas, descendant à mon tour, je suis obligé d’utiliser ma Petzl Duo presque à fond pour pouvoir correctement voir les bords de la cavité tant les murs sont hauts, lointains et les choses à y voir sont nombreuses ! On attache les kits en pied de corde, et partons à la visite du gouffre
C’est concrétionné de partout, et l’ambiance fraiche et bien humide nous accueille dans le grand éboulis, sur un sol bien glissant. Les superlatifs et les Waouh ! s’enchainent… que c’est fou d’avoir ça sous nos pieds, ces colonnes, ces stalagmites qui paraissent si frêles et fragiles, mesurant plusieurs mètres de hauteur pour à peine un décimètre de diamètre ! La nature est folle et créatrice sans restriction. Nous suivons le petit cheminement qui nous mènera ver l’endroit que j’ai trouvé le plus insolite : La montée dans la coulée de calcite, sous les draperies et stalactites ! Les pas métalliques façon via-ferrata, installés là, sécurisent l’accès et la petite montée, c’est top !

On devine qu’hélas l’humain a déjà bien endommagé de nombreuses concrétions un peu partout, malgré les protections installées tout au long du cheminement. Savourons donc en toute discrétion et vigilance notre visite ! Arrivé à l’extrémité de la cavité, un dernier éboulis qui queute sous la voûte nous sonne de faire demi-tour et prendre la direction de retour aux kits. On se délecte sous un angle différent des géométries si riches de la calcite qui abonde de toute part sur les plafonds et le sol de ce gouffre. Merci Dame Nature !

Mél repart la première sur la corde du P20, et après une bonne frayeur en mode « j’ai le dos bloqué, je ne peux plus bouger » alors qu’elle n’a pas fait plus de 50cm ! Un bon étirement, respiration, et en serrant les dents, ça repart doucement ! Quelques mouvements tire-bras plus tard, la voici qui se « décrolle ». Le fait d’avoir équipé en double me permet de la suivre d’assez près, sans trop me rapprocher afin d’éviter d’emmêler les cordes en s’y vrillant, sait-on jamais ! Pas le tout de faire le clown, la, c’est ma première en équipement solo, donc restons prudents ! Je récupère le kit de Mél pour lui faciliter l’accès au P5 de la sortie, et éviter tout grabuge éventuel au toujours en rapport avec mon manque de générosité à avoir créer des ganses entre chaque point d’amarrage remontant. Au final, la remontée s’est passée super bien ! Le temps que Mél sorte, je déséquipe et « enkite » « les 2 cordes du P20.
. Je passe un kit à Mél arrivée au spit de sortie, et hop, plus que quelques coups de bloqueurs et quelques grimaces dans l’effort et/ou la concentration et me voici dehors à mon tour. Ca y est, je l’ai fait, on l’a fait . C’est du facile, mais c’est notre première sortie en autonomie… Cet objectif personnel est vraiment une grande satisfaction et une nouvelle marche franchie dans notre pratique de la spéléo. Je suis heureux d’avoir choisi de rejoindre le GCPM et me tarde déjà de remettre ça ! Les topoguides des Belles du Doubs que je viens de me commander seront mes lectures de chevet prochaines, et je frétille d’impatience de préparer la prochaine

Merci encore à Alex qui m’a aidé à sécuriser tous les points qui auraient pu être compliqués pour un débutant, et à ma chérie pour sa confiance incroyable.
PS : on n’a rien compris au descriptif de la topo pour accéder au gouffre, ou du moins on a au moins fait tout faux. On s’est garés bien trop tôt après le centre équestre, et au final, c’est notre smartphone et le guidage Maps qui nous aura permis de trouver le trou, à travers la forêt ! On aura fait un bon échauffement d’une bonne quinzaine de minutes et plus d’1km en guise d’approche, au lieu des 200 à 300m prévus. Histoire d’entrer bien transpirants dans le gouffre.
Nicolas
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